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Lors de la cérémonie conduite par les mexicains d’Oaxaca, à laquelle j’ai participé aux Pays Bas il y a deux semaines, nous étions 54 personnes dans un tipi géant. C’est la première fois que je vivais la médecine des champignons en groupe, et avec une telle dose…(pour mes 53 kilos, 10 gr de truffes fraîches me suffisent pour voyager, ce jour là on était proche des 20 gr…et des fortes !)
Le fait d’être encadré par cette magnifique famille de curanderos m’a mise en confiance, et l’expérience de groupe a été bien différente d’une expérience individuelle. Je ne sais pas combien de pays étaient représentés, mais nous étions un bon brassage d’ethnies, d’âges et de contrées.
Plus que jamais, j’ai eu la sensation d’être branchée à une interface commune, un réseau de conscience qui circulait via chacun d’entre nous. Tout au long du voyage, j’avais la sensation nette que chacun de mes gestes et mes pensées provoquaient une réaction sur l’ensemble du groupe, un magma d’énergie dont je faisais partie. Mes pensées étaient reçues par cette interface, et se manifestaient immédiatement par un son, une réponse énergétique, un rire, ou un soupir d’un autre participant… Et vice versa, quand quelqu’un était traversé par une nouvelle conscience, je « téléchargeais » instantanément un flux d’informations qui trouvait une correspondance en moi.

Chacun de nous était tour à tour traversé par cette Conscience soignante qui faisait transiter en nous les processus qui devaient avoir lieu. A chaque fois que quelqu’un « accouchait » son histoire, tout le monde en était traversé également. Les blessures manifestées étaient les mêmes pour tout le monde, à différents étages. Tout le monde avait ces mémoires traumatiques universelles quelque part dans sa généalogie. Enfants morts en couches, parents décédés, grands-parents sacrifiés, ancêtres qui ont crevé de froid, de faim, à différentes époques. Le temps n’existait plus et tous ces temps étaient présents simultanément.
Le fait de partager tous ces processus via la même interface a permis de profondes guérisons. Dans un premier temps, au niveau personnel, et ensuite à un niveau plus lointain et universel.
C’est allé jusqu’à un moment de notre mémoire collective, nos racines. Et aux racines, il y avait les vikings, il y avait cette origine, (peut-être liée au lieu où nous étions ?) et une histoire s’est déroulée sous mes yeux. Ça n’était pas hallucinatoire, c’était comme une pièce de théâtre où chacun vivait son rôle.
Une vague de froid sévissait. Il y avait ceux qui agonisaient, ceux qui luttaient pour leur survie, ceux qui attendaient, ceux qui désespéraient, ceux qui avaient encore la foi, ceux qui étaient partis pour chercher de la nourriture, les femmes qui protégeaient les nourrissons, celles qui étaient mortes, et il y avait quelque chose ou quelqu’un qu’on attendait tous.
L’attente était interminable, les guérisseurs priaient, chantaient quand il le pouvaient encore, et cet étirement du temps est allé cherché dans notre endurance la plus intime. Il y avait tout au fond de cette attente la conscience que tout était déjà joué d’avance. Mais tout pouvait encore changer. Et ce qui pouvait tout changer était un geste infime, une main tendue, une couverture donnée. Ça pouvait faire basculer l’ordre des choses.
D’un coup ce temps le plus reculé était également le futur le plus lointain. La scène se rejouait dans son exacte similitude.
J’étais spectatrice de tout ça, mais je sentais que je pouvais aussi à mon niveau faire quelque chose pour cette humanité. Mais je ne savais pas comment. Une idée apparut. Il fallait que j’aide à faire circuler l’énergie stagnante. A un moment, le désespoir était trop lourd. Si j’arrivais à me lever, ça ferait arriver autre chose. Alors j’ai réuni mes forces, et dans un semi somnambulisme, je suis allée à l’extérieur du tipi. La terre était déserte, sèche, balayée par un vent glacial. Il y avait un feu qui rougeoyait ( je ne voyais pas les flammes ) et à l’instant exact où je suis revenue dans la tente, une énorme pleine lune rousse s’est levée en face de nous et l’énergie a basculé dans l’allégresse. C’était elle, la lune qu’on attendait tous !